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#254 – Five Hundred Miles

Justin Timberlake – Carey Mulligan – Starcks Sand in Inside Llewyn Davis BO (2013)

 

Plus folk tu meurs !

Le folk, c’est d’abord une musique enracinée, une musique folklorique. Le folk a quelque chose du raï, du fado, du kezmer appliqué au pays-continent américain. C’est loin de nous, dans l’espace et dans le temps. Difficile pour un plus-si-jeune français de se retrouver dans une musique qui n’a bercé ni son pays et ni sa tendre enfance. Il faut se rendre tout de suite à l’évidence : le folk nous sera toujours un peu étranger.

Déshabiller Rock pour habiller Folk

Mais rien n’est perdu pour qui sait écouter.

Car le folk américain a eu la bonne idée de se faufiler incognito dans nos oreilles. Pour cela, il a dû s’insérer dans les failles et prendre les traits de la variété ici, du rock ailleurs.

C’est comme cela, déguisé, maquillé, travesti, qu’il a voyagé hors des grandes vallées américaines et a pu rayonner un temps dans le monde (avec Bob ou Joan).  Et c’est pourquoi le folk est toujours vivant, dans notre « pop-world-music » et jusque dans nos caveaux parisiens.

Insidieusement, le folk nous a nous aussi un peu construit musicalement et culturellement. Prenez « Si j’avais un marteau » : des salles de ricains passionnés reprenaient bien avant les fans de Cloclo le refrain entraînant de Pete Seeger. Je n’avais jamais bien compris le sens et le succès de cette bouse yéyé chanson. Si j’avais un marteau, j’aurais cogné sur Cloclo (ses frères et ses soeurs) pour qu’il cesse tout de suite le massacre (ce serait le bonheur…).

Mais voilà que tout s’éclaire d’un jour nouveau quand on l’écoute de l’autre côté de l’Atlantique. On retrouve une chanson traditionnelle, acoustique, simpliste comme un hymne de supporters, et qui clame un retour aux sources, à un autre mode de vie.

Pour raviver ce folk là, la sobriété des pionniers du genre, Justin Timberlake a dû se désapper, tomber la chemise à paillette, baisser un peu la lumière, et stoper son move sur le flow… Un pull bleu pâle sur une chemise sans carreau, une guitare sèche autour du cou, une voix plus suave que jamais, et nous voilà 60 ans en arrière, sur la scène live d’un bar new-yorkais en compagnie de folkeux purs et doux.

Comme un Hobo…

Il m’a fallu plusieurs écoutes pour comprendre pourquoi je connaissais l’air du jour. « Et j’entends siffler le train » de Richard Anthony… Voilà pourquoi ! Encore un camouflage indigne pour tromper l’ennemi. Et les français ont avalé des tas de couleuvres du même genre (il fallait que je la place) !

Comment un tel accoutrement a pu passer ? Car même traduite, même reprise en française, les folk-song ne nous parlent pas vraiment. Le folk peint un autre monde. Les paysages ne sont pas les nôtres. Les combats et les marteaux sont ceux d’un autre temps. Les trains, les routes, les fermes, les penny, les distances, les dieux… rien ne nous appartient.

Qu’est-ce qu’un « hobo » par exemple ? Vous vous êtes forcément posés la question en écoutant siffler Charlie… N’importe quel américain sait qu’il s’agit du petit nom qu’on donne à ces vagabonds, ces voyageurs désargentés qui vivent de musique et d’eau fraîche sur les routes hostiles du grand continent.

Il fallait toute la maîtrise des frères Coen pour nous familiariser avec ce travesti magnifique. Ce n’est pas un hasard si les réalisateurs ont choisi Justin, porte-drapeau du star-system contemporain pour interpréter son pendant râté et folk. Le contraste est frappant. Justin Timberlake aurait pu, dans un autre temps, dans un autre monde, vivre médiocrement de son talent. Comme Llewyn Davis…

Comme un hobo dans la ville, perdu sur les avenues de Big Apple, LLewyn Davis (alias Osacr Isaac) trimballe sa misère dans son sac et son étui. Buté, il s’accroche à ses chansons comme à des valeurs morales. Il chante comme il respire. Le succès est comme le chat, trop véloce et trop glissant pour ses mains rapeuses. Il ne sera jamais célèbré, jamais compris, mais il aura tenu bon…

Les frères Cohen peignent cet état d’esprit désuet, presque vintage, et la désillusion qui l’accompagne inévitablement. En creux, ils nous renvoient peut-être à notre désillusion. Dans ce film sans début ni fin (ou plutôt avec une fin à la place du début), nous retrouvons beaucoup de nous et de notre époque. Ne sommes nous pas un peu devenus ces hobos hagards, qui regardons de tous côtés pour savoir où aller, quoi chercher. On en vient à lorgner en arrière, 60 ans en arrière, pour y faire nos emplettes culturelles. Autant faire du stop en espérant trouver son chemin… Peine perdue.

La magie du cinéma opère. Les images nous aident à écouter. Le film des frères Coen devient alors ma première fenêtre sur ce folk authentique, intransigeant, difficile d’accès. Et puisque les images parlent un peu de nous, la musique devient un peu la nôtre. Si les paroles, les instruments, les protagonistes restent américians, si cette musique n’est pas vraiment universelle, elle devient la bande-son d’un état d’âme intemporel.

C’est décidé, je vais à mon tour marcher sur les routes du folk. C’est parti pour un nouveau voyage dans ce monde perdu, sans cesse retrouvé.

Let’s Rock Today (and Folk Tomorrow)

DS

LR : Toutes la BO du film est fantastique. Voici quelques perles que je me passe en boucle et qui ont un temps tenu la corde pour être le morceau du jour : Hang Me, Oh Hang Me / Fare Thee Well / The Death of Queen Jane

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