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#167 – Since I’ve Been Loving You

Led Zeppelin in Led Zeppelin III (1970)

 

Jimmy Page et Robert PlantLa première fois reste toujours gravée dans un coin de l’esprit. Qu’elle soit désastreuse ou magique, la première fois reste et restera un souvenir impérissable, traversant les âges, malgré toutes les autres expériences qui lui auront succédée.

Nous sommes en juillet 2002, juste après mes épreuves de Bac. A l’époque j’avais 17 ans, et je ne connaissais rien à la vie : je n’avais jamais goûté à l’amour charnel, je n’avais jamais eu de guitare entre les mains, je n’avais jamais chanté dans un micro, je n’avais pas encore mis les pieds dans une résidence étudiante. Mais surtout… Je n’avais jamais écouté Led Zeppelin. Bref, j’étais neuf, vierge de tout.

Nous étions, avec quelques amis, autour d’un feu de camp, dans le but de nous adonner au traditionnel « brûlage de cours post bac ». Nous écoutions un vieux poste de radio qui devait très certainement jouer le Greatest Hits II de Queen qui sautait toutes les 30 secondes, déjà usé par des centaines de lectures. On mangeait des marshmallows grillés, à l’américaine. Pas une goutte d’alcool. Pas un pétard. Même pas une cigarette. Nous étions des jeunes très – trop – sages.

Et puis il est arrivé. Je me doutais qu’il viendrait. Mon voisin. Monsieur G. La bonne cinquantaine. Du bide. Un peu alcoolique. Hippie jusqu’au bout des fourches de ses longs cheveux gras. Il a commencé à nous engueuler, parce qu’à 18 balais, on aucun d’entre nous n’était foutu de faire un feu de bois correctement. Et puis il s’est barré. Pendant 10 minutes, on est restés comme des cons à ne pas savoir quoi dire car oui, aucun d’entre nous n’était foutu de faire un feu de bois digne de ce nom. Il est revenu avec un cageot rempli de bouts de bois dégueulasses, qu’il a posé sur le feu, n’importe comment. On se marrait tous intérieurement, en pensant que son vieux cageot pourri avait moins de chances de prendre feu que lui, vu son taux d’alcoolémie probable…

Et comme dans un mauvais film américain, son cageot prit feu, instantanément. Et le genre de feu qui chauffe et qui dure. Sur le cul les petits jeunes. Il a commencé à regarder les CD qui trainaient par terre. Ca ne devait pas être très varié. Du Queen, du U2, du Offspring… Il nous a dit d’attendre encore, qu’il allait revenir. Et il est reparti en courant. On se demandait ce qu’il allait encore faire.

Il est revenu avec un CD, le best of de Led Zeppelin. Il nous a dit que ça, c’était la base de tout, du vrai rock’n’roll. Je n’avais jamais entendu de Led Zeppelin. Je ne suis même pas certain que je connaissais Stairway To Heaven. A 17 ans, quand j’y repense… Enfin bon, à l’époque je n’avais pas internet, pas trop d’argent pour m’acheter des disques. J’entendais ce qui passait sur RTL2 ou M6. Alors Led Zeppelin

Il m’a fait voir la liste des chansons, en me disant « celle là est un classique », « celle là est géniale », « celle là tu ne peux pas passer un jour de plus sans la connaître ». Et puis il s’est arrêté sur un titre. Là, il m’a regardé droit dans les yeux. Plus rien n’existait. Il n’y avait plus de copains. Plus de feu de bois. Plus d’haleine chargée au Pastis 51. Il n’y avait plus que lui, moi et Led Zeppelin. Il m’a dit des mots qui raisonneront toujours dans ma tête, à chaque fois que j’entendrai cette chanson :

– Cette chanson c’est le meilleur slow du monde.

Là, je suis redescendu. Un slow ? Il me parlait de Rock’n’Roll, de Hard Rock depuis dix bonnes minutes, et là, il allait me faire tout un pitch pour un slow ? Il continua tout de même :

– Mon garçon, que ce soit quand j’avais ton âge, aujourd’hui, ou dans 30 ans, ça sera toujours pareil. Si tu danses avec une gonzesse sur cette chanson : t’emballes.

C’est tout. Il n’a rien dit d’autre. Mais c’était tellement beau, c’est resté gravé. « T’emballes ». Ce mélange de conseil pseudo-paternaliste, d’expression ringarde, d’utopie exacerbée pour une chanson vieille de 30 ans me touchait. Je trouvais ce moment quasi poétique. Même si comme pour le cageot je pensais qu’il divaguait totalement avec ses deux grammes dans chaque bras. Il sortit alors le CD du boitier. Il le mit dans le lecteur… Et puis merde alors !

Cinq notes de guitare. C’est comme ça que commence la chanson, avec cinq notes qui valent mieux que 99% des chansons que j’avais pu entendre dans toute ma vie. Cinq notes d’une sensualité pure, qui annoncent un Blues lent et torturé, et qui donnent déjà un grand frisson dans l’échine.

J’ouvrai grand les oreilles, je ne voulais pas perdre un décibel de ce que j’entendais, même si je savais que j’aurai l’occasion de réécouter mille fois ce morceau. C’était le coup de foudre musical. J’avais envie de connaître la chanson par cœur, tout de suite. J’avais envie de la chanter, de la jouer, de la vivre.

L’intro est tout simplement d’une sensualité (voire d’une sexualité) démente. L’obsédé du détail ira même jusqu’à remarquer qu’on entend la pédale de grosse caisse de John Bonham couiner, et que ça pourrait très facilement faire songer à un vieux lit qui grince sous les secousses d’un couple « qui s’aime ».

Et puis, venue de nul part, la voix de Robert Plant. Un cri primal, qui résume la chanson, dans lequel on peut déjà déceler la douleur de l’homme trahi. Une voix si pure, si calme au début. Mais si torturée. Putain, la façon dont il vit cette chanson. Combien de milliers de pseudo chanteurs devraient écouter la voix de Robert Plant, et se dire que plus jamais ils ne devraient toucher à un micro, car rien ne pourra être fait de meilleur ? « I’m about to lose my worried mind, oooooh yeah ! » Cette phrase, cette façon de la chanter, c’est magiquement tragique.

Et puis la chanson monte, la douleur aussi, j’y entends la haine du désespoir, celle du mec qui s’est fait traiter comme de la merde, mais qui malgré tout aime toujours sa gonzesse. Et putain il souffre, et putain il la hurle, sa souffrance. Et putain : c’est juste beau !

Et puis c’est inévitable. On s’y attend depuis le début, on sent qu’il démange les doigts de Jimmy Page… Le solo. Je devrais écrire LE solo. Que les fanatiques de Stairway To Heaven aillent se rhabiller ! S’il ne devait exister qu’un solo de guitare, ça serait celui là, je l’affirme haut et fort ! Ce solo, ce n’est pas un passage de guitare qui vient s’ajouter bêtement au morceau, c’est une nécessité, quelque chose qui doit sortir, qu’on ne peut pas retenir, comme cris mêlés de larmes, quelque chose d’à la fois monstrueux et merveilleux.

Puis tout semble s’arrêter. Comme un répit, un espoir dans cet abyme. Après le solo, le morceau semble s’effondrer, les musiciens être désemparés, désespérés. Et pourtant le tout reste cohérent, les musiciens restent malgré tout dans une harmonie parfaite. Comment tout cela peut-il être si complexe et si évident à la fois ?

« Do you remember mama ? » Ce passage, la souffrance en rejaillit ! Si seulement je pouvais avoir les images de l’enregistrement de cette chanson. Je pense que Plant devait être dans une transe monumentale, complètement dépité pour réussir à tirer cette émotion.

Et, trop vite, la chanson se termine dans une apothéose de douleur et de talent. Et si le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart, le silence qui suit Since I’ve Been Loving You, c’est encore une plaie béante en pleine poitrine, qui peine à se refermer.

Je n’ai jamais remercié mon voisin de m’avoir fait découvrir cette chanson et ce groupe. Bien entendu, j’aurais fini par écouter Led Zeppelin. Et connaitre Since I’ve Been Loving You. Mais c’était ce jour là que ça devait arriver.

Depuis ce jour, j’ai du écouter un bon millier de fois cette chanson. Toujours avec un plaisir quasi orgasmique. Mais tout de même, jamais avec la même sensation que la première fois.

Je n’ai jamais eu l’occasion de danser avec une inconnue sur cette chanson. Je ne sais donc pas si effectivement, à tous les coups, « t’emballes ». Mais les mecs, j’y crois… Dur comme un zeppelin de plomb !

Let’s Rock Today (and Be A Back Door Man Tomorrow)

Tibawbaw

LR : Retrouvez l’anecdote de la pédale qui couine (non, je ne parle pas de Freddie Mercury, mais bien de la pédale de grosse caisse de John Bonham) sur mon site http://rock-anecdotes.fr/article35/35-allez-bonham-mets-de-l-huile !

LR2 : une superbe version live. Comme quoi le solo en 1 prise de l’album, c’était pas un coup de chance.

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  1. 17 mars 2014 à 11:00
  2. 9 octobre 2013 à 08:03

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