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#152 – Baba O’Riley

The Who in Who’s Next (1971)

 

Au suivant ?

Il y a 69 ans jour pour jour, dans une banlieue défavorisée de Londres, naissait au sein d’une famille ouvrière un petit blondinet dodu et nerveux.

69 ans plus tard, le londonien platiné et baraqué peut souffler ses bougies en toute sérénité, tout en considérant avec fierté le chemin parcouru. « Il est devenu quelqu’un », pense-t-il, un petit sourire en coin. L’homme est modeste ! Ce quelqu’un n’est pas n’importe qui. Ce quelqu’un est unique ou presque, et toise l’humanité d’un peu plus haut. Ce quelqu’un ne sera pas oublié de si tôt, croyez-moi. Il paraît même, qu’à l’autre bout du monde, de jeunes âmes un peu nostalgiques, prennent encore la plume les 1er mars pour honorer son anniversaire.

Voici son histoire.

Le Rock au Corps

Fils d’ouvrier métallurgiste, le petit Roger pose très vite problème.

Engoncé dans une profonde contradiction, l’enfant, plus intelligent que la moyenne, s’avère incapable de se concentrer. Turbulent à l’école, souvent renvoyé, il ne trouve de refuge que dans le rock et dans le roll. Cette tension intérieure est constitutive de l’énergumène. Difficile de comprendre la force de celui qui deviendra « le plus grand frontman de l’histoire du rock« , sans saisir cette agitation essentielle et permanente.

Comme on a le diable au corps, Roger a le rock vissé aux viscères. A 15 ans, ne pouvant se la payer, il se construit sa première guitare. Alors qu’il doit prendre la suite de son paternel à l’usine, son espoir d’une vie meilleure s’accroche désespérément aux cordes de sa guitare et à ses propres cordes vocales qu’il commence à user sur les scènes locales. Tout est bon pour se produire devant un public. Avec son ami génial Pete Townshend, ils écument avec une foi aveugle en leur destin, les plus miteuses des salles de banlieue. L’initiation mouvementée forge un Roger brutalement déterminé.

Il sortira de sa condition par le rock. C’est décidé. Jusqu’à la fin, la scène sera ses hauts fourneaux, la fonderie dans laquelle le métal brut se brûle au rouge pour ressortir transformé, affiné, purifié.

Le succès avant le succès

Sa voie est tracée à grand coups de poing dans l’ordre social établi (et dans la figure de quelques malchanceux des premiers rangs). Cette violence, inhérente au caractère de Roger Daltrey, fera son succès et sa légende. Impressionnant physiquement, il est sur scène un gladiateur en cage : le micro est sa lame, la musique son combat. Associez cette force de la nature à un génie musical qui se cherche (Pete Townshend) et vous risquez de ne pas rester longtemps cloisonné aux concerts de seconde zone. Le pas est franchi en 1965 avec I Can’t Explain. En plaquant des motifs proches de ceux des Kinks le jeune groupe trouve enfin la bonne formule. « Les Qui » se font un nom.

Débute alors la période dite des « singles ». The Who font leur trou en lançant sur le marché effervescent de la « British Invasion » une série de morceaux à succès. Anyway, Anyhow, Anywhere, écrite par Roger Daltrey, impose la marque du groupe. My Generation marque fortement les esprits adolescents (et les autres). Substitute, The Kids Are Alright, I’m a Boy, ne déméritent pas et ancrent le groupe dans les Charts et dans son époque.

Mais c’est sur scène que Roger s’exprime véritablement. Si fort que les draps (et le mobilier) des chambres d’hôtel s’en souviennent. A l’occasion d’une de ces fracassantes tournées qui feront leur mythologie, Roger claquera une petite tarte à son pote et batteur Keith Moon et sera (encore une fois) exclu de son propre groupe. Mais avec son mignon minois d’angelot, difficile de ne pas lui pardonner. D’autant qu’il est le leader incontesté, qu’il a constitué la bande, qu’il a trouvé le nom, que son poitrail au vent déchaîne déjà la passion de quelques groupies, et qu’il porte l’ambition de tous sur ses larges épaules. Il pourra revenir à condition d’arrêter de péter tous les nez qu’il croise. C’est donc un Roger Daltrey pacifique qui se raccroche à sa bande, un peu penaud. Bien lui en a pris : l’apothéose n’est plus très loin.

Who’s Next ?

Même si I Can’t Explain, My Generation, ou The Kids Are Alright ont déjà fait de The Who un groupe consacré par le public et la critique, il manque encore quelque chose. Roger Daltrey voit plus haut. C’est du rock bouillonnant qui coule dans ses veines. Rien d’autre. Et il sait bien qu’il reste une marche pour faire de The Who la légende que sont déjà les Beatles et les Stones. Le morceau du jour sera cette marche.

Baba O’Riley, ou plutôt l’ensemble de l’album qu’elle ouvre, reste à ce jour le chef d’oeuvre que Roger et Pete (et Keith) attendaient depuis près de 10 ans. C’est donc en 1971 que les compaires donnent enfin toute la mesure de leur rage talentueuse. La piste de synthétiseur qui lance l’album est à la fois une révolution pour l’époque et un morceau de bravoure qui ne manque jamais son effet. Les compositions complexes, la production léchée, le nouveau son électronique mêlé à un rock parfaitement contrôlé, font la force du morceau et des suivants. De la puissance de Baba O’Riley à la douceur de Behind Blue Eyes, la voix maîtrisée de Daltrey se balade allègrement sur un spectre d’émotions bien plus large que de coutume. Pour toutes ces raisons, Who’s Next reste le point focal vers lequel tous les oreilles éduquées se retournent quand on chuchote le nom de Roger Daltrey.

Who’s Next c’est le KO du dernier round, la symbole d’un rock qui cogne, au sens propre comme au (dé)figuré.

Un 69 tout neuf

De l’usine à la gloire, il n’y avait que le rock pour le mener si vite si haut. A l’intérieur de cette fusée lancée vers la gloire, le temps n’a pas le même poids que pour nous, pauvres terriens. Roger peut en témoigner, le temps passe bien plus vite ainsi encapsulé. A l’évidence, le rock conserve. Surtout, il faut bien le dire, lorsque, comme Roger, on développe une aversion prononcée à toute forme de drogue. « Hope I die ‘fore I get old » clamait-il rageusement dans My Generation. A 69 ans, le petit blondinet nerveux n’a pas pris une ride.

Aujourd’hui, avec un 69 sur son profil facebook, Roger Daltrey peut bien paraître satisfait. Il a tapé très fort du pied pour sauter d’une traite tous les barreaux de l’échelle sociale. Trop haut pour nous, il nous a tout de même laissé les échos de son bond prodigieux en offrande. Bienheureux les nouveaux ouvriers métallurgistes et autres blogueurs laborieux qui peuvent désormais écouter, des étincelles plein les oreilles, les rifs révolutionnaires qui ont fait la légende de Roger.

Let’s Rock Today (and Wait for 69 Tomorrow)

DS

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  1. DS
    4 mars 2013 à 19:57

    Merci Chris pour votre commentaire. Si nous parvenons à raviver un peu la flamme du rock chez nos lecteurs, notre mission est accomplie et nous sommes aux anges !

    Sachez également que Let’s Rock Today est un blog contributif où chaque passionné est invité chaleureusement à prendre la plume et à partager sa passion à nos côtés. Si vous vous sentez l’envie d’apporter votre touche (sur un morceau de Marillion, par exemple) n’hésitez pas à nous envoyer votre prose à letsrocktoday3@gmail.com.

    Quoiqu’il en soit, nous vous remercions pour l’idée qui vient compléter la liste de nos futurs articles.

    Je vous dis donc à très bientôt sur LRT et avec un peu d’avance, happy birthday !

  2. 1 mars 2013 à 23:49

    Premiers émois « rock’n’rollesques » un double nommé Sell Out ! Puis, découverte de Tommy (l’album puis le film) et le Monument Who’s Next ! C’était il y a bien longtemps déjà, j’avais à peine 15 ans… ces deux chiffres s’inverseront dans 6 jours… Un bail, vous voyez !
    Merci donc à Roger, Pete, John et Keith ! Et à Lets Rock Today de nous ramener en ces belle annnées… et de faire découvrir aux plus jeunes ces légendes !!
    Petite idée : un groupe moins connu, et plus Genesis qui pourrait faire l’objet d’un petit billet… Marillion !
    @mitiés et vive le Rock
    Chris

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