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#144 – Prélude, Op. 28, No.4

Chopin by Jimmy Page

 

Alors, heureux ?

L’horloge affiche 01:30. Il est bien tard. Enfoncés dans leurs matelas Rocklopillo,  un vieux vinyl des Stones en guise de doudou (run run), les rockologues tout mignon dorment sagement. Comme chaque nuit, leurs rêves les mènent en Rockland, terre sacrée que seuls quelques rares élus ont le droit de fouler. Au détour d’un chemin, voilà qu’ils croisent la fée Ronettes échangeant sa baguette contre celles d’une bonne âme barbue prénommée John. Non loin de là,  dans un vaste champs de Strawberry aux senteurs d’esprits adolescents, Madame Gibson passe un merveilleux accord avec Monsieur Fender. Pendant quelques heures encore, ils continueront de flotter aux côtés des coeurs solitaires du Sergent Poivre dans ce monde où plus rien ne compte que le bon vieux son du rock ‘n’ roll !

Ils ne se doutent pas que de son côté, un vieux roublard fanatique, frustré loin de ces mirifiques contrées, va encore frapper un vilain coup. Un réveil difficile les attend, croyez-moi ! Tsitsitsitsitstsiiiii [ndlrt : rire sardonique de moi-même].

Vous, lecteurs avertis, avez depuis longtemps compris que le morceau du jour ne ressemble à aucun autre. Mais vous commencez à le savoir, le vendredi tout est permis. Aujourd’hui, Let’s Rock Today va faire un tour du côté du XIXe siècle. Autant vous dire que le rock n’était même pas une coquine étincelle dans l’oeil de ses géniteurs, eux-mêmes étant encore loin d’être fécondés. Et puis l’histoire se déroule en Pologne… C’est vous dire si c’est rock !

Après le rock champagne, c’est le rock Chopin que LRT vous sert en dessert.

Et oui ! Il y a du rock dans Chopin ; la preuve en est qu’il y a du Chopin dans le rock. Prenez Exit Music (for a film) de Radiohead. Pas convaincus ? Prenez alors cet autre hommage du rock à Chopin. Toujours pas convaincus ? Prenez donc le morceau du jour. Ecoutez comme la guitare de Jimmy électrise l’émotion, la transcende et la transmet à une nouvelle génération d’oreilles devenues légèrement hermétiques aux sons du Steinway. Jimmy Page a souvent puisé son inspiration dans l’oeuvre du Maître et l’en remercie ce soir là. A travers les âges, la fraternité des musiciens se noue autour d’une émotion universelle. Et Chopin lui-même n’aurait pas renié cette reprise, lui qui, dit-on, improvisait déjà de folles harmonies en reprenant les oeuvres de ses maîtres et jouait debout pour amuser la galerie (ça ne vous rappelle rien ?).

Alors, Chopin, rocker avant l’heure ? A l’évidence !

Chopin est sans doute le plus grand faiseur de mélodie de tous les temps. Follement concentré sur l’exploration d’un seul instrument, le piano, il a imaginé, au fil de ses 283 morceaux, une somme colossale de combinaisons mélodiques. Et il a, à chaque fois, tapé dans le mille. Prenez la Fantaisie Impromptu : combien de compositeurs rock peuvent se vanter d’avoir envoyé une telle rafale de notes dans les esgourdes d’un public en transe ? Transposez cette mélodie et vous obtenez un solo de guitare magistral qui ferait bonne figure sur n’importe quel opus de Led Zep ou de Van Halen.

Le morceau qui nous concerne aujourd’hui est peut-être celui qui a laissé le plus grand héritage culturel : Gainsbourg avec Jane B, B.O. de Shine, Rob Dogan dans Clubbed To Death 2, That’s my people de NTM, et bien d’autres. La raison d’une telle postérité ? La simplicité. N’importe quel pianiste amateur peut apprendre à jouer ce morceau en quelques heures. Et pourtant, il faut des doigts de fées pour atteindre l’inatteignable tristesse, lourde et sombre (et pourpre et parabolique), dans sa délicate perfection. Quand la technique s’efface, Chopin la remplace par une composition d’une précision étonnante pour l’époque. Les descentes chromatiques des accords martelés préfigurent le jazz et le blues du XXe. Cette avance sur son temps se retrouve dans cette capacité à inoculer le décalage, la surprise, l’impromptu, à chaque nouvel accord.

Quelques 100 ans plus tard, le rock n’ roll ne fera pas autre chose. Une simplicité éternelle et universelle avec l’indispensable dose de décalage qui est à la source de toute émotion. Les recettes sont similaires. Les grands du rock lui vouent un culte.

CQFD. Chopin Rocks Forever.

Let’s Rock Today (and Listen A Prelude Tomorrow)

DS

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  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 15 octobre 2013 à 08:44
  2. 3 juin 2013 à 08:07

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