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#130 – You Can’t Always Get What You Want

The Rolling Stones in Let It Bleed (1969)

 

Message à tous mes détracteurs !

Devant l’indescriptible tollé que ma dernière provocation musicale a soulevé parmi les foules, je me dois de redresser la barre d’une chaloupe à la dérive. Tel César au centre d’une arène écumante de rage, lui réclamant à cor et à cri l’exécution sommaire du pauvre gladiateur, il me faut désormais m’effacer derrière le peuple et obéir. Et pour que justice soit rendue, la sentence devra être à la hauteur de la colère.

Vous voulez donc voir le Rock couler ? Vous souhaitez entendre les vibrants tambours du condamné ? Vous voulez humer le souffre de la révolte ? Je baisse donc le pouce devant vous et je dis : « Tiens, oh peuple de LRT ! Ceci est mon sang ! Par qui vient le miracle de la vie et de la renaissance ! Celui qui coule dans les veines du Rock ! Après le pastiche, voici l’original. Après la brise, la tempête.  Après la fourmi, le Léviathan. Après l’anecdote, la Légende. Je t’offre en pâture le Saint Graal. La pierre de Fal (qui roule). J’ai nommé les Rolling Stones ! Sauras-tu encaisser le choc ? »

Séance de rattrapage

Depuis que le rock est rock, Mick et sa bande font la pluie et le beau temps sur les coeurs et les charts du monde entier. Et depuis que LRT est blog, nous n’avons jamais eu le courage d’y tremper notre encre. Honte à nous, pauvres mortels. Mais puisqu’il faut un raz-de-marée pour effacer les traces de mon crime, je vais m’y plonger pour vous, à corps perdu, et peut-être que l’eau pure du rock me lavera enfin de mes péchés.

A notre décharge, il faut dire que derrière chacun des 130 articles (enfin des 129 si on veut bien oublier mon précédent forfait), se cache le spectre de nos papys rockers. Derrière chaque ligne, claquent les baguettes de Charlie, vibrent les cordes de Keith et Ron, bougent le corps de Mick. Car le quatuor, ex-sextette (j’ai pas dis sex-tape), a sans aucun doute joué un rôle majeur dans l’émergence du rock de notre côté de l’Atlantique.

Tout n’avait pourtant pas si bien commencé. Comme le rappelle Keith Richards dans ses immanquables mémoires (« Life« ), le regard et l’ambition du groupe ont d’abord été tournés vers le Blues. C’est d’ailleurs une chanson de Muddy Waters, héraut du blues afro-américain, qui donna dans un éclair téléphonique de Brian Jones, le nom du groupe (lire à ce propos « Rolling Stones » de François Bon). Mais on n’a pas toujours ce qu’on veut, disait l’autre. Et les quatre pseudo « mauvais garçons » ne parviendront jamais a égaler la virtuosité technique et les profondeurs mélancoliques des tenors du Blues. Leur déhanchement hystériques et les rythmiques débridés leur vaudront cependant une toute autre étiquette. Non moins élogieuse. Ils deviendront seulement, et pour l’éternité, la référence absolue du Rock.

Un morceau pas comme les autres

Parmi les multiples chefs-d’oeuvre passés à la postérité, mon choix s’est arrêté sur un morceau spécial, certes mythique, mais peu représentatif du travail de nos « pierres qui roulent ». Alors pourquoi ? Pour le titre d’abord, sorte de message codé à tous les cris d’orfraie qui ont parsemé ma triste semaine. Pour l’année ensuite (il n’y a pas de petits plaisirs). Pour la musique bien sûr, étendard frissonnant d’un rock symphonique et hypnotique. Et enfin pour le fond d’une chanson qui propose rien de moins qu’une philosophie de vie.

Une philosophie bien loin du « sex, drug and rock ‘n’ roll » et bien étonnante pour des rockers en quête de sensations fortes. Une fois n’est pas coutume, les tauliers du Rock nous envoient donc un message serein et constructif. Mick Jagger, qui a écrit la chanson dans une chambre d’hôtel, seul avec sa guitare, prône ici un retour à un certain pragmatisme opiniâtre. Ce message constitue en fait un excellent miroir des problématiques sociétales des années 1960 finissantes, où l’optimisme exacerbé des débuts a laissé place à un certain désenchantement. Essayons, travaillons, et nous obtiendrons au moins ce dont nous avons besoin, à défaut d’obtenir ce que nous voulons.

Mais ce texte pour le moins banal est rendu vibrant, presque hypnotique, par la structure répétitive de la chanson et le soutien puissant des chœurs d’église en début et fin de morceau. Les dieux du rock font magistralement appel aux résonances divines, et parviennent à inoculer miraculeusement l’esprit et la force du rock. Par l’intuition harmonique et l’arrangement mélodique, les Rolling Stones réalisent alors une forme de transsubstantiation christique : un pauvre message à la papa se mue en puissant hymne générationnel.

Plonger dans le consensuel pour trouver du subversif : voilà une bien belle leçon de rock.

Amen.

Let’s Rock Today (and Try Again Tomorrow)

DS

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  1. DS
    17 mars 2014 à 22:02

    La Magie des Papys !

  2. Misti
    17 mars 2014 à 21:47

    Deux albums encore à venir (1971 et 1972) et puis c’est fini.
    Reconnaissons que peu de groupes de rock survivent pendant 42 ans ainsi dans le vide.

  1. 8 mars 2013 à 07:51
  2. 25 janvier 2013 à 08:05
  3. 7 janvier 2013 à 08:08

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