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#109 – Nineteen Hundred And Eighty Five

Wings in Band On The Run (1973)

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet (et dieu sait s’il est vif aujourd’hui), je tiens à remercier celui sans qui aucun de ces mots n’aurait pu traverser mon esprit, puisque qu’il est celui qui m’a présenté cette pièce : j’ai nommé l’ami Matt, rockologue émérite, coblogueur autant que coblagueur, et surtout le plus grand (par la somme des savoirs) et le plus fin (par la profondeur d’analyse) connaisseur ès Sir Paul McCartney. A-t-on même jamais vu un petit gros aussi grand et fin ?
Mais trêve de galéjades, revenons en 1985, ou plutôt en 1973…

« Des nains juchés sur les épaules de géants » : Cette expression imagée qui nous vient de Pascal, ou de Newton, ou d’autres grands hommes, décrit le sentiment si fréquemment éprouvé par les artistes, philosophes ou scientifiques lorsqu’ils cherchent à aborder un domaine déjà largement exploré. Sentiment vertigineux d’humilité et de reconnaissance envers les prédécesseurs qui ont permis à ces génies d’avancer d’un pas de plus sur le long chemin de la connaissance et de la beauté…

L’équation est toute différente cependant lorsque le géant et le nain ne forment qu’une seule et même personne. Voilà l’étrange et inconfortable situation dans laquelle se retrouve embarqué Paul, lorsque, orphelin des Beatles, il doit retracer le sillon de sa propre musique… Il a bâtit en moins de dix ans un immense château, et se retrouve tout à coup prisonnier de sa propre tour. Que faire ? S’arrêter pour contempler le monde qui avance ? S’endormir pour de bon sur ses souvenirs de platines et ses vinyles éternels ? Faire le grand saut dans le vide ?

Des quatre fabuleux, c’est Paul qui a sans doute trouvé la solution la plus juste à ce terrifiant problème. Etre infiniment intuitif, il a tout de suite pressenti qu’il n’avait pour lui qu’une seule véritable option. Une seule solution s’il voulait poursuivre son chemin. L’envol. Et pour cela il lui fallait des ailes. Les Wings seront celles-ci. (Comment ça vous m’avez vu venir ?!).

La mission est donc simple : déployer ses ailes pour s’envoler, non pas plus haut (ce serait bien présomptueux…), mais plus loin, ailleurs, vers de nouvelles contrées, pour de nouvelles aventures musicales. Fuir pour apprendre encore et renaître (ça me rappelle quelque chose).

C’est précisément ce que nous propose le programmatique Band On The Run : une fuite à plusieurs vers de nouveaux rêves musicaux, un album pour tracer les nouvelles ornières d’une carrière qui ne veut pas s’arrêter. Dans ce périple éclectique et enjoué, parsemé de mille et une inspirations, on découvre un nouveau McCartney, inégal peut-être, mais décidé à tracer sa route. Une route qu’il a raison de suivre puisqu’elle le mène finalement au fin fond de l’album, vers une sorte d’aboutissement, de climax, vers sa nouvelle naissance, vers un nouveau chef d’œuvre.

Et le morceau n’a plus grand chose de ce que l’on connaissait de Paul. Ca commence par un piano seul mais au combien suffisant. Par son rythme saccadé et presque jazzy il annonce la nouveauté. Mais alors qu’on s’attend à un titre dansant et agréable, une voix inconnue fait une entrée surprise et vient nous emporter dans un zigzag de notes à n’y rien comprendre ; puis des sonorités électroniques vaporeuses, aux teintes faussement New Wave nous plongent le morceau dans des sphères oniriques ; avant que le piano, à nouveau seul, ne se jette dans une cascade solo digne de Fat Domino. Seule la fin toute en célébration orchestrale semble rejoindre dans un clin d’œil bien discret la majesté d’un titre des Beatles que vous connaissez bien.

Ce puzzle musical, cette chose (le titre original était « Piano Thing »), construite autour d’un ahurissant pressentiment quant à la musique des années 1980 (qui verra le retour en force du clavier), établit la preuve s’il en fallait du génie « aux antennes déployées » que constitue Sir Paul McCartney. Comme un symbole, la chanson est un hymne heureux à l’avenir. Une manière optimiste de ne pas se retourner, de ne pas se transformer en statue de sel, de ne pas avoir le vertige, et de construire l’avenir en le regardant droit dans les yeux.

Let’s Rock Today  (And make a something new Tomorrow)

DS

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  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 25 janvier 2013 à 08:05
  2. 9 novembre 2012 à 08:02

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