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#103 – Everything In Its Right Place

Radiohead in Kid A (2000)

 

Si Tom Cruise préfère l’écouter au volant de sa coupée sport et sous le ciel vanillé de Floride, c’est plus modestement, face à l’écran gris de mes mornes journées de travail que je goûte, tout comme lui, au plaisir suprême de Kid A.

D’un Tom à un Thom il n’y a qu’un pas (et qu’un h) à franchir. Mais un miroir à traverser. Un monde à renverser.

Comme dans l’onirique Abre los Ojos (version originale de Vanilla Sky), la frontière entre réalité et fiction se brise inévitablement au contact de la mixture sonore de la bande à Thom. Lorsque s’échappent de l’écouteur les premières mesures d’Everything, les choses changent. Sans crier gare (« Gaaaaare !!! ») les cases de mon Excel s’écroulent, mes collègues de bureau s’éteignent, mon pantalon cigarette se fait short de tennis, mon fauteuil à roulette s’envole et me dépose sur un siège en cuir ;  je suis Tom à mon tour, à côté de ma Penelope, sur les chemins du bonheur pris au piège du plus novateur des groupes de rock de ces 20 dernières années.

Si Radiohead n’est plus à présenter, je ressens tout de même le besoin de prendre mon bâton (et ma fleur) de pèlerin afin d’établir, parmi les oreilles non encore (con)vaincues, une vérité irrévocable et universelle : nous voilà en présence d’un nouvel art poétique. Comme un écho rock aux chœurs sacrés, un reflet électronique aux chants de la Nature, les morceaux du groupe renvoient aux sources de toute musicalité, à ce que Mallarmé voyait si justement comme la quête éternelle du « langage premier ».  No SurprisesA Wolf at the Door, Creep ou Karma Police en sont de bouleversants exemples. Mais pour l’heure c’est une autre merveille de pureté que j’ai choisi de vous offrir en offrande, pour la simple et peut-être pas si bonne raison que son titre soutien à lui seul toute l’ambition de cet article : rendre à Thom ce qui revient à Thom…

Pour la petite histoire, Thom Yorke regretta de ne pas avoir fait du titre phare de son album un véritable single. LRT répare à sa mesure le mal, en le propulsant aujourd’hui sur l’Olympe convoité des « chansons du jour ».

Comment, en effet, ne pas succomber à l’irréelle répétition de ces vers incongrus ? Comment ne pas succomber aux incantations magiques par lesquelles se vide notre réalité figée ? Au bout du spectre surréaliste que réinvente le groupe anglais en cette fin de XXe siècle, c’est notre poète français que nous retrouvons encore une fois, et son intuition si profonde quant à la notion pure, cette « presque disparition vibratoire de la nature par le jeu de la parole ». Ce n’est rien d’autre que cela qui se joue dans nos casques lorsque nous fermons les yeux pour mieux les ouvrir sur un monde où toutes les couleurs trouvent finalement leur juste place.

« Mais qu’essaye-t-il de nous dire ? » Ecoutez, vous comprendrez.

Let’s Rock Today (and try to say Tomorrow)

DS

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  1. 14 décembre 2012 à 08:10

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