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#51 – Bohemian Rhapsody

Queen in A Night At The Opera (1975)

 

Bohemian Rhapsody c’est tout simplement l’Everest du Rock. Bohemian Rhapsody c’est un rêve éveillé. Bohemian Rhapsody c’est six fabuleuses chansons en une seule. Terrifiant honneur d’avoir à commenter aujourd’hui cette 8e merveille du monde, d’avoir à écrire la légende d’une telle légende.

Véritable opéra-rock condensé en 5’55’’ de perfection musicale, ce morceau, où plutôt ce monstre à 6 têtes, se dresse, majestueux, au sommet de l’olympe du Rock. Qui a déjà essayé de jouer et/ou de chanter de bout en bout cette chanson ne peut que s’incliner devant le talent de Freddie et ses frères.

Mais une question s’impose à nous. Comment une telle œuvre est-elle née ? Quelle muse déjantée a bien pu venir bercer les rêves poétiques de Freddie ? Une phrase d’une grande justesse sur le travail d’écriture, d’un certain Michel Houellebecq, pourrait venir à notre rescousse. Laissons donc parler le prix Goncourt : « Pour se lancer dans l’écriture d’un roman, il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l’apparition d’un authentique noyau de nécessité. On ne décide jamais soi-même de l’écriture d’un livre […] C’est comme un bloc de béton qui se décide à prendre et les possibilités d’action de l’auteur se limitent au fait d’être là et d’attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même. » (La Carte et le Territoire)

Partons donc de l’hypothèse que ce qui s’applique à la littérature doit être transposable à la musique. Voilà donc la foudre furieuse qui a dû traverser Freddie en cette année 1975, pour consolider le ciment de son génie musical…

Comme l’explique Brian May, « cette chanson c’était celle de Freddie ; il l’avait en tête entièrement ». Des années de passion et de génie semblent s’être ici concentrées, cristallisées, dans une œuvre monumentale.

C’est comme ça que surgit, presque naturellement, un morceau aussi magistral que complexe, loin, très loin des formats radio acceptables. Et comme souvent, le chef-d’œuvre a pris son temps pour déployer sa véritable envergure. Un temps de gestation nécessaire pour un public mal préparé au souffle lyrique de Bohemian Rhapsody.

Car, vous l’aurez compris, ce morceau ne fait rien comme les autres. Sans refrain, la partition mêle allégrement, et sur un temps relativement court, des genres musicaux qui ne se regardaient même pas du coin de l’œil. Alors que les premières notes lancent une « power ballad » classique et classieuse, l’opéra symphonique prend le relais (avec la fameuse référence au Figaro de Mozart) à la suite d’un merveilleux solo de guitare signé Maître Brian. Mais le meilleur reste à venir puisque, sous l’impulsion d’une guitare furibonde, c’est une fin en forme de métal hurlant qui s’abat sur nos oreilles étourdies mais jamais rassasiées. Une brise romantique et désespérée vient finalement caresser en douceur notre rêve éveillé. Etait-ce bien réel ou n’était-ce qu’une fantaisie ?

A sa sortie pourtant, les critiques ne seront pas toujours élogieuses. Décontenancés par la structure inhabituelle de l’œuvre, certains y verront une tentative présomptueuse de transcender les genres en les mêlant maladroitement. D’autres railleront les paroles incongrues, voire surréalistes. Freddie Mercury savait sans doute que derrière les analyses techniques vaseuses d’écrivaillon sans imagination, il y avait dans ce titre une vérité universelle qui toucherait tôt ou tard sa cible en plein cœur : « C’est une de ces chansons qui véhiculent un sentiment de fantastique. Je crois que les gens devraient simplement l’écouter, y penser, puis se faire leur propre idée sur ce que ça leur raconte. »

Bien heureusement, le public suivra ce conseil, et comprendra. Grâce à la mono-maniaquie (non ce n’est pas une maladie) d’un animateur radio londonien tombé sous le charme du bijou, la chanson trouvera peu à peu le chemin de sa légende. Elle grimpe dans tous les charts internationaux et devient très vite incontournable lors des concerts flamboyants du groupe. En quelques mois, la carrière de Freddie Mercury et de ses compères prend une nouvelle dimension. La chanson porte littéralement Queen sur son dos et l’élève au rang d’immortels. L’aigle a déployé ses ailes.

Malheureusement pour nous, simples spectateurs bouches et oreilles ouvertes, le vent s’arrêtera de souffler beaucoup trop tôt sur les aigles du rock…

Let’s Rock Today (and  Deploy Your Wings Tomorrow)

DS

LR : Dans notre sempiternel classement Rolling Stone, notre morceau n’est classé « que » 166e. Mais pas d’inquiétude, ni de larmes, Bohemian Rhapsody rafle la première place dans bon nombre d’autres classements, dont celui, tout personnel, de votre aimable chroniqueur.

LR2 : Je ne peux évoquer Bohemian Rhapsody sans parler de la version d’Elton John et Axl Rose qui, si elle ne fait pas l’unanimité, a mis le feu à Wembley lors du concert hommage à Freddi Mercury (Freddie Mercury Tribute – 1992). A vous de juger.

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  1. 3 avril 2013 à 15:10

    Bien résumé, l’essentiel est dit ! Et quelle bonne surprise de voir cité l’ami Houellebecq dans un article sur Boh Rhap !

    Allez, juste parce que je n’arrive pas à me retenir, un record (parmi tant d’autres) de cette chanson : c’est le seul morceau à avoir été classé deux fois n°1 dans les charts britaniques (une fois à sa sortie en 75, une fois après la mort de Mercury en 91/92). Eh ouais, j’étale ma science, mais fallait pas commencer à parler de Queen !

    • DS
      3 avril 2013 à 15:45

      Le compliment et le complément me mettent en joie ! Merci et continue d’étaler ta science pour notre plus grand plaisir, ce n’est pas moi (et mes citations houellebecquiennes) qui pourrais te le reprocher !

  2. alx02
    9 mai 2012 à 09:06

    oh mama mia mama mia mama mia let me go! pour moi c’est à partir de là qu’elle prend une autre dimension, et effectivement je partage ton enthousiasme cher chroniqueur pour ce chef d’oeuvre absolu…

  1. 16 avril 2014 à 15:39
  2. 10 avril 2014 à 13:17
  3. 2 janvier 2014 à 13:53

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