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#25 – Hygiaphone

Téléphone in Téléphone (1977)

 

Les matins de semaine, lorsque suffoquant gentiment dans les wagons trentenaires de la ligne marron, je tente d’oublier la désagréable promiscuité que la RATP m’impose, c’est Jean-Louis Aubert lui-même qui me sort d’affaire. Une pensée magique me transporte 35 ans en arrière. J’imagine alors cette même ligne, ce même wagon, bloqués plusieurs heures. J’imagine les parisiens de l’époque pestant bruyamment contre un pauvre chauffeur exaspéré. J’imagine les annonces hésitantes, balbutiantes et détournées (« pour cause de régulation, blabla… ») d’une speakerine débordée par l’événement. Car, à ce moment, si le train n’avance plus, et si dehors les voitures klaxonnent, c’est qu’un jeune groupe est en train d’offrir à la foule qui s’amasse un concert à la station République. Nous sommes en 1977 et le sismographe Rock enregistre le premier frémissement d’une onde de choc qui va bientôt toucher la France, et qui s’appelle Téléphone.

A cette époque, la France se bouche encore les oreilles. Les groupes de Rock ne sont pas légion et restent plus que confidentiels ; pendant que de l’autre côté de la manche on assiste à un bouillonnement culturel inédit. Le mouvement punk renverse les charts et les godets. The Clash, Sex Pistols mais aussi Pink Floyd, Queen ou Led Zeppelin gravent leur empreinte sur l’histoire du Rock. La France, quant à elle, s’accroche à son bébé Disco et s’entiche toujours d’une variété molle dont elle a le secret.  Dans ce contexte déprimant, Téléphone sonne le premier la révolte.

Pour fêter les 57 ans de Jean-Louis Aubert, c’est à ce coup de tonnerre que je voulais rendre hommage. Et s’il faut choisir une chanson symbolique de ce séisme musical, je choisis Hygiaphone ; pour plusieurs raisons.

D’abord parce que c’est l’une des premières chansons (si ce n’est la première) du groupe. Elle a donc sans doute participé à bloquer mon métro préféré, et a débloquer les français… Ensuite parce que son nom me fait marrer (bah quoi c’est une bonne raison !). Enfin, parce qu’Hygiaphone résonne encore aujourd’hui comme du rock pur et dur : une guitare sautillante et répétitive, des paroles vives et éraillées, une grille simple et entraînante. Un morceau pour jeune groupe inexpérimenté. Du rock (presque punk) à l’état brut.

Mais pour être tout à fait honnête, il y a une dernière explication, un peu retorse, à ce choix. Si j’ai opté pour cette chanson c’est aussi pour le parallèle saisissant qu’elle me permet de faire avec notre ami Chuck Berry (oui, Chuck est aussi votre ami!). On y retrouve notre intro préférée, celle de Johnny B Goode, à la sauce Bertignac (vous l’aviez remarqué!). Et encore une fois, ces quelques notes entraînent le même déferlement rock sur un pays encore vierge . 20 ans après la révolution rock aux US dont nous avons déjà parlé, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Comme si la culture rock française n’attendait que cette intro, cette sonnerie du réveil, pour enfin s’agiter sous les draps. Comme s’il avait fallu attendre 20 ans pour digérer la révolution musicale anglo-saxonne… Il était temps.

Je ne peux finir cet article sans un mot sur Jean-Louis Aubert lui-même. Evidemment on peut (et l’on doit) saluer le compositeur, le guitariste, et le parolier pour les dizaines de tubes qu’il a su imposer à nos oreilles (plus ou moins rock, plus ou moins pop, toujours efficaces). Mais au fil des lectures et des visionnages rocktube qui ont préparé cet article, je me suis forgé une autre certitude personnelle : cet homme est unique. De lui émane une adolescence éternelle, une naïveté féroce, une autorité rebelle.  Tous ces paradoxes se crystallisent en lui pour donner ce magnétisme inédit. Et l’on se dit que le succès du chanteur n’est pas seulement une question de hasard : Jean-Louis Aubert c’est un peu du Mick Jagger et de l’Iggy Pop, c’est du Roger Daltrey et du Steven Tyler. Ces hommes, ces bêtes de scènes, on tous en commun cette même capacité de faire d’une faille intérieure une folie scénique. Quoi ? Vous voulez une preuve ? Ok, prenez ça ! Ce n’est pas pour rien qu’il vient de recevoir, à 57 ans, la victoire de la meilleure tournée (sa première victoire de la musique en solo !).

Merci donc à Jean-louis Aubert d’avoir brillamment ouvert la voie, en donnant de la voix. Aujourd’hui, le berger poursuit sa quête à travers les époques, sa guitare pour unique bâton, et si c’est lui, on veut bien être des moutons et croire béatement que demain sera parfait

Let’s Rock Today (and « ! » Tomorrow)

DS

LRT : Vous pouvez vous amuser à chanter Johnny B Goode sur la musique d’Hygiaphone… Et oh surprise! ca passe tout seul ! Les morceaux ont en effet la même structure harmonique : les 3 accords de base du blues (I-IV-V).

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  1. Mireille PETITNET
    12 avril 2012 à 11:16

    Que dire, il est unique! Ies années passent il ne change pas, c’est toujours une bombe humaine aujourd’hui encore à 57 ans!!!!!!!!! Pas mal!!!!!!!!!

  1. 5 avril 2013 à 08:00

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