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#23 – Johnny B. Goode

Chuck Berry in Chuck Berry is on top (1958)

 

Afin de répondre une fois pour toutes aux troubles-fêtes du monde entier, qui hurlent à qui voudra les entendre que Blondie, « c’est pas du rock », qu’Axel Bauer « c’est pas du rock », ou pire, que Let’s Rock Today « c’est pas du rock ! », j’ai décidé, en cette Semaine Radieuse, de frapper un grand coup. J’ai donc ressorti le livre d’histoire, dépoussiéré le tourne-disque, et je me suis enfoncé avec délice dans les grottes de Lascaux de notre musique préférée, sur les rives du Missouri…

Aux origines du Rock ‘n’ Roll

Nous nous retrouvons donc en 1951, entre Saint Louis et Oakville, sur les fameuses routes bordées du majestueux fleuve, là même où pataugeaient Tom Sawyer et ses amis. Mais c’est un autre symbole de la liberté qui nous intéresse ici. Il s’agit d’un jeune noir, petit délinquant, coiffeur à ses heures perdues, qui, sur un coup de tête, prend ses clics et ses clacs (enfin, sa guitare et son couteau) pour tenter sa chance loin de la misère familiale. Il se met alors à chanter sur les routes la force de son ambition.

Ce héros des temps moderne se doutait-il qu’il était aussi le héraut d’une nouvelle musique, d’une nouvelle culture, d’une Révolution ? Imaginait-il qu’avec quelques amis (Jerry, Elvis et les autres) il allait changer à jamais le cours de l’histoire ?

Ce demi-dieu de la musique n’est autre que … Johnny B Goode, a.k.a Chuck Berry.

Johnny et Chuck, même combat

Johnny B. Goode, ce jeune guitariste autodidacte qui se lance sur les chemins de campagne pour rencontrer son destin c’est évidemment Chuck Berry lui-même. Car cette chanson autobiographique est avant tout l’histoire d’un combat. Le combat pour la liberté, pour l’ascension sociale et, entre les lignes, le début d’une lutte contre la ségrégation raciale.

Armé de leur guitare et des musiques traditionnelles, ils insufflent d’abord à la musique de l’époque une puissance nouvelle et universelle, jusque là méconnue. Chuck dépasse ce qui a été fait avant lui. Le blues et la country, qu’il a appris sur les bancs de son église baptiste, se percutent pour former un nouveau genre, un mélange inédit. Le tempo s’accélère, le binaire l’emporte sur le ternaire, et le dancefloor se remplit de gambettes furieuses.

Et sur la scène Chuck à quelque chose en plus; dans ses doigts, dans son corps et dans sa voix.  Son déhanché, sa fameuse démarche (la Duckwalk, à ne pas confondre avec la danse des canards), son son (celui qui a dit Véronique sort tout de suite), son aisance vocale, font chavirer la communauté blanche américaine, cette bourgeoisie puritaine et affolée par les différences de couleurs. Avec un tel entertainer aux manettes, la conquête peut commencer. A revoir ses prestations scéniques dantesques on se dit que Mike, Freddie, Jimi et autres Marty McFly n’ont pas inventé grand chose…

Avec Chuck et son double Johnny, l’Amérique se trouve donc éclaboussée par un talent pur et révolutionnaire. Le temps d’une nouvelle musique est venu. Et elle ne sera ni blanche ni noire. Elle sera juste puissante et dansante, rythmée et fraternelle. En ce sens Johnny et Chuck partage une même victoire, éclatante. Avec cette chanson de légende, les deux personnages aux parcours similaires ne se contentent pas d’entrer dans l’histoire, ils font l’Histoire. Bienvenue dans l’ère du Rock ‘n’ Roll !

Johnny B. Goode, une chanson pas comme les autres

Avant Johnny B. Goode, Chuck a déjà connu le succès :  MaybelleneRoll Over Beethoven et Rock ‘n’ Roll Music par exempleMais c’est avec cette chanson que Chuck touche le sommet de son art. Et atteindre le sommet est un bien pauvre euphémisme… Johnny est si spéciale qu’elle se retrouve aujourd’hui dans l’espace ! Hein ? Quoi ? Comment ? Et bien oui, vous avez bien entendu, c’est jusqu’au 7e ciel que ce coquin de Chuck a balancé son ami Johnny, envoyé à bord de la sonde Voyager I en 1977, pour renouveler auprès des petits hommes verts l’exploit d’avoir fait danser toutes les couleurs de la terre. Même si cela peut paraître anecdotique, on doit y voir une forme ultime de consécration : le verdict de toute une génération, faisant d’un simple morceau, un bout du patrimoine de l’Humanité. De là haut, on voit la muraille de Chine et  on entend Johnny B Goode : encore une victoire de Chuck… (j’ai pas dit Duck !)

Pour mieux comprendre ce qu’il s’est passé avec Johnny B. Goode, écoutons encore une fois ce monument.

Il y a d’abord cette intro limpide qui annonce la couleur. Pas de détour, nous voici face à quelque chose de neuf et de virevoltant. Tant de fois reprises depuis 55 ans, ces quelques notes de guitare sont la définition même du Rock. Une gamme bluesy dynamitée et électrisée. Le décor est planté. Chuck Berry a également le mérite d’avoir su mélanger de la plus belle des façons deux instruments souvent jugés incompatibles : le piano et la guitare électrique. Avec son Huckleberry Finn à lui, un certain Johnnie Johnson, ils parviennent à associer le meilleur du piano rock (écoutez plutôt ces enchaînements d’accords) et une guitare aussi folle que le personnage (cf. 1’15’’), qui va influencer des générations de « gratteux ». Enfin, la grande force de Chuck Berry, c’est d’avoir fait corps avec sa guitare et de l’avoir mise au premier plan. Bien avant Jimi, c’est avec Chuck que la guitare fait le show pour la première fois, devenant entre ses mains un objet violent et sensuel (le symbole phallique n’est jamais très loin avec cette canaille de Chuck Berry).

Pour résumer, sans Chuck et Johnny, il n’y aurait jamais eu  ça, ni  ça, ni ça, ni même ça, et encore moins ça (on n’est jamais mieux servi…). Alors qu’est-ce qu’on dit à tonton Chucky ?

En ce lendemain de Pâques, ce n’est peut-être pas un saint que nous avons ressuscité (NDLRT : Chuck est d’ailleurs toujours vivant), mais c’est avec une reconnaissance pieuse que nous disons en chœur : « Merci Charles Edward Anderson Berry, Père de tous les Rockeurs ! Amen ! »

Let’s Rock Today (and Pray For Rock ‘n’ Roll Tomorrow)

DS

LRT : Au bon vieux temps du Rock ‘n’ Roll, la mère de Jerry Lee Lewis (autre grand fondateur s’il en est) aura ses mots définitifs : « Toi et Elvis vous êtes bons, mais ce n’est rien à côté de Chuck ». Tout est dit.

LRT 2 : Rolling Stone Magazine fait de Johnny B Goode la 7e plus grande chanson de tous les temps.

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